• Rencontre avec Jérémie Bennequin

    Samedi 7 mars à Linazay

    Rencontre avec Jérémie Bennequin, à « Rien à voir », exposition du FRAC.

    Assis à une petite table carrée, face à un public silencieux debout ou installé sur des chaises disposées en demi cercle, un jeune homme gomme avec application.

    Depuis 2008, Jérémie Bennequin gomme l’œuvre de Marcel Proust. Une page par jour, avec le côté bleu d’une gomme classique, d’une édition de la « Recherche du temps perdu » chez Gallimard. Il en est à l’avant-dernier tome. Il gomme, il estompe. Un gommage hommage à un auteur qu’il dit adorer. D’où l’intitulé de l’œuvre : « Ommage ». Jérémie Bennequin répond avec grâce aux questions du public, qui soit dit en passant, est étonnamment réceptif et curieux, compte tenu de l’austérité du propos. Son travail est une suite de petits rituels auxquels il explique ne jamais déroger. Une page par jour sur un volume précis chez lui, un volume à part pour les déplacements et les rencontres, dont il découpe soigneusement la page gommée et qu’il envoie par courrier postal à sa propre adresse, où elle viendra se glisser à la place prévue. Des mots, parfois des phrases échappent à l’effacement. Le hasard ? Puis une fois sa page terminée, il ramasse soigneusement les miettes laissées par la gomme et les introduit dans une petite fiole, au goulot de laquelle il attachera une étiquette avec le numéro de la page, le titre du volume, la date de gommage. Ce n’est pas tout : Jérémie Bennequin enregistre sur CD, le bruit fait par la gomme sur le papier auquel se mêle parfois celui d’une porte qui claque, d’un moteur de voiture passant à proximité, du chant d’un oiseau, de voix… Le bruit du gommage… qui évoque celui d’une fontaine, ou de feuilles mortes balayées, a quelque chose de très doux, de paisible, voire de méditatif. Quelqu’un pose la question de la méditation. Oui, bien sûr. Quelqu’un d’autre pose celle de son rapport à Marcel Proust. Je n’ai pas bien compris, à part qu’il dit beaucoup l’aimer et depuis longtemps. Et bien connaître toute l’œuvre. Règle-t-il des comptes avec l’auteur célèbre ? Est-ce un travail de destruction ? Non, dit-il, c’est un acte d’amour. Surgit la question du souvenir, inévitable quand il s’agit de Proust. Des photos des pages gommées, des livres, sont exposées dans des vitrines. Si l’œuvre de Jérémy Bennequin est le gommage en train de se faire, évidemment ce qu’il en reste (les pages, les livres, les photos, les CD, les petites fioles contenant les résidus de gomme) en est le souvenir. Et la question du temps perdu. Le temps du gommage est-il du temps perdu ? Du temps retrouvé ?
    Prochain livre à effacer, les œuvres complètes d’Apollinaire.
    Jérémy Bennequin a des acheteurs, des collectionneurs amateurs d’art conceptuel ou de littérature ?
    Danielle Schramm

     

    Jérémie Bennequin gomme Marcel Proust

     

     

      

     

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